L’ancien président tchadien Hissène Habré, en attente d’un procès au Sénégal depuis deux ans et demi, a lancé une contre-attaque judiciaire, en portant plainte contre le Sénégal auprès de la Cour de justice de la Cedeao. Il est accusé d’être responsable de la mort de milliers de personnes dans son pays. Dakar s’est engagé à le juger. Le Sénégal a d’ailleurs modifié sa Constitution pour lancer la procédure.
Selon l’agent judiciaire de l’Etat sénégalais, la plainte a été déposée au début du mois d’octobre devant la Cour de justice de la Cedeao. Elle a été déposée au nom d’Hissène Habré, par deux avocats : un Français et un Malien.
Dans cette plainte, les défenseurs d’Hissène Habré reprochent trois choses à l’Etat du Sénégal. L’Etat sénégalais, selon eux, a d’abord violé le principe de non-rétroactivité de la loi pénale. Il a également, disent-ils, violé les principes d’égalité devant la loi et devant la justice. Troisième argument : l’Etat sénégalais aurait violé le droit d’Hissène Habré à un procès équitable.
Les avocats de l’ancien président tchadien demandent que la Cour constate la violation de ces principes par le Sénégal. Et ils souhaitent que l’Etat Sénégalais cesse toute poursuite ou action à l’encontre d’Hissène Habré. L’objectif, selon l’agent judiciaire de l’Etat du Sénégal, Abdoulaye Dianco, c’est donc de faire échec à la procédure en cours au Sénégal.
L’Etat sénégalais a d’ores et déjà constitué des avocats. Un comité a également mis en place pour réfléchir aux principaux axes de la défense du Sénégal. L’affaire doit être jugée en janvier par la Cour de justice de la Cedeao.
Habré vire ses avocats sénégalais
Hormis Mes El Hadji Diouf et Doudou Lô, Hissène Habré ne compte plus d’avocats au Sénégal. Il s’est débarrassé des autres. Pour sa saisine de la Cour de justice de la Cedeao, il a préféré zapper les deux robes noires sénégalaise qui lui restent. En effet, la requête a été rédigée par son avocat Français, François Serres et un autre Malien du nom de Mamadou Ismaïla Konaté.
Pour mener la bataille contre l’Etat du Sénégal, Hissène Habré a préféré se rabattre sur un avocat Malien du nom de Mamadou Ismaïla Konaté et son confrère Français, François Serres. Le premier cité a son cabinet (Jurifis Consult Scpa) à Bamako, précisément dans Hamdallaye près de l’ambassade des Etats-Unis au Mali. Alors que le second, Me Serres dont le cabinet est établi à Paris, Avenue d’Iéna est bien loin de Dakar. N’empêche, tous les deux ont travaillé en étroite collaboration pour rédiger la requête adressée à la Cour de justice de la Cedeao. Aucune trace d’un avocat Sénégalais. Pourtant, Habré comptait plusieurs avocats Sénégalais et pas des moindres. Le plus en vue est le tonitruant avocat, Me El hadji Diouf, qui siège présentement à l’hémicycle de la place Soweto.
Doudou Ndoye, Aly Fall et Doudou Lô faisaient également partie de ses défenseurs. Habré avait déjà annoncé la couleur par l’entremise d’un communiqué publié dans les colonnes de « L’Observateur » du samedi 29 et dimanche 30 septembre dernier. Communiqué signé par Mamadou Ismaïla Konaté, François Serré et El Hadji Moustapha Diouf. Dans ledit communiqué, les avocats fustigent l’intervention des bulldozers qui ont rasé l’ensemble des biens immobiliers de Habré, de son père, de sa mère et de ses proches au Tchad. Ce, suite à sa condamnation à mort par contumace par la justice de son pays.
Une petite enquête menée nous a permis de savoir qu’avant même de déclencher les hostilités contre l’Etat du Sénégal, Hissène Habré s’est débarrassé de ses avocats, Mes Doudou Ndoye et Aly Fall pour des raisons que nous n’ayons pu percer. Joint au téléphone, Me Doudou Ndoye est abonné à la boîte vocale et Me Aly Fall nous a confirmé qu’il ne fait plus partie des avocats de Hissène Habré.
Des sources proches de l’ancien dictateur nous renseignent que l’ex-président Tchadien conserve toujours deux avocats sénégalais, Mes El Hadji Diouf et Doudou Lô. Mais l’âge de l’un (Doudou Lô) et le statut de député de l’autre (El Hadji Diouf) font qu’il n’a pas pu faire appel à eux quand il s’est agi de saisir la Cour de justice de la Cedeao. Ce que confirme, Me El hadji Diouf, joint au téléphone. « Il est fait interdiction à un député-avocat de plaider contre son état. En tant que député, je suis chargé de contrôler le gouvernement pour la bonne marche de l’Etat. Je ne peux donc pas plaider pour quelqu’un contre l’Etat du Sénégal. Toutefois, je demeure l’avocat d’Habré et je le défendrai contre les victimes », a soutenu Me El hadji Diouf.
source : sounougalsene