Ode des moments de douleur et de tristesse au Mali

C’est aussi l’autre versant de la crise dont on ne se rend pas très compte. Aujourd’hui, plus de la moitié des activités lancées par des “primo-débutants” entrepreneurs se sont arrêtées sur une lancée assez favorable. Les gens à Bamako mais aussi en dehors de Bamako se sont très fortement appauvris et ne bénéficient d’aucun soutien Etatique ni d’aucune autre solidarité, même pas des ONG, si ce n’est que ces personnes ne crèvent pas tout à fait de faim, d’autre leur venant en soutien pour leur donner à manger lorsqu’elles en manquent vraiment et qu’elles n’ont pas mal à l’esprit d’aller manger chez d’autres…

En plus des activités économiques plombées, de nombreux engagements non tenus viennent prendre à la gorge les entrepreneurs, devenus débiteurs contre leur gré et subissant pour les plus malheureux d’entre eux des cascades de procédures judiciaires, de réclamations de créances sur des montants de passifs importants, des saisies en tous genres y compris sur le dernier pagne de leurs épouses fraichement mariées et en attente de subir les épreuves des moments de bonheur devenus instants de malheur pour elles.

Dans un pays normal qui n’est pas en transition et qui a à sa tête, un président normal, des députés élus et non prorogés, des ministres habillés mais pas en soutane dans un Etat digne de ce nom, l’on serait en train de prendre des mesures correctives en termes d’allègement fiscal, d’aides diverses et d’accompagnement, toutes choses pouvant attirer le génie dormant de COD face à l’instinct malicieux de Django qui dit qu’il sait faire et ne fait rien en définitive….Entre les deux, celui qui tire le premier sera mort avant l’autre

Quelle surprise que de voir et d’entendre de temps en temps discuter de choses et d’autres ici sur cette toile, nous faisant du bien à nos méninges d’intellectuels “je sais tout et j’ai réponse à tout”, ne se rendant pas toujours compte que la vendeuse de “fourou fourou” du coin ne sort plus qu’un matin sur trois, faute de “manakoun”, que le réparateur de moto de la sortie de l’école publique n’a plus les moyens de rejoindre et d’occuper “la petite place” qu’il occupe depuis plus 20 ans, pour réparer les motocycles et les vélos qu’il ne voit plus dans la circulation, les conducteurs n’étant plus sûrs de passer le pont avec la quantité d’essence dans le réservoir troué, ou le vélocycliste qui peine à pédaler son vélo d’une seule pédale à moitié cassée, le coiffeur du coin qui s’est séparé de son second, son  associé, faute de clients et de clients capables de payer le prix du coup de rasoir, la tondeuse rangée pour ne plus jamais coiffeir tellement les coûts sont exhorbitants dans ce Mali en crise, même les vols de AF ne sont plus remplis qu’à moitié, la compagnie  songeant à se séparer dès cette fin du mois de la moitié de son personnel de Bamako, les policiers en faction s’énervent lorsque le chauffeur de “sotrama” tarde à leur remettre le cahier des pièces, autrefois contenant deux ou trois billets de monnaie et rien et plus rien aujourd’hui par temps de crise, l’infirmier du centre de santé communautaire qui n’arrive plus qu’à dix heures du matin au lieu de huit heures, les urgences étant désormais directement conduites à la morgue le temps que le chauffeur de corbillard se réveille de son long sommeil, comme une fin de ramadan, 

Un spectacle d’un Mali regardant ces fils et ces filles sombrer dans la douleur, dans la tristesse d’une fin d’agonie frappant plus de monde debout que couché, face au danger, les haines s’expriment qui promettent la mort au bout, plus personne ne se réclame que de l’islam sans le coran, le cinquième pilier se déroulant plutôt dans l’Eglise que dans la mosquée, exigüe et sans le toit, cette confusion étant la plus belle manière de ce que, en définitive,  toutes les religions se valent lorsque le destin d’un rebelle, arabe ou touareg est de fêter la mort, dure épreuve à subir d’une manière ou d’une autre, de devant ou de derrière, autant qu’ils s’exposent avant, puis après tout, avant l’heure ce n’est pas l’heure et après l’heure, ce sera toujours l’heure puisque le rebelle sera dans tous les cas mort et de la plus belle manière, exploser par un explosif autour de lui par une explosion assourdissante….

Pendant ce temps, nous n’aurons plus avec nous, en face de nous et autour de nous que la seule compagnie des jésuites, en remplacement de la bande des “Ntountourou”, moins “courts” de taille, plus gros du ventre, des yeux hagards comme des charognards ou des hiboux rôdant autour de cet amas de cadavre humain en état de putréfaction avancée, les plus braves d’entre les humains seront à peine capables de lever la tête et de pousser un dernier souffle en direction de ceux qui viennent après, eh, citoyens du monde de demain, EMMERDEZ VOUS ICI BAS !!!!