Avocat, j’ai la charge et la mission d’assurer la défense de Monsieur Mamou D, Berger peulh, jadis fonctionnaire directeur de la principale banque alimentaire, chargée de la distribution dans toute la planète nord mali du sel, du mil, du blé, du thé, des eaux, destinés à nourrir et à abreuver jusqu’à satiété toutes les braves populations installées sur la planète nord mali, pour que celles-ci ne croupissent désormais point sous le soleil de fin de monde qui les brûle sans cesse et sans répit, que ces populations ne s’enfoncent plus jamais sous ce sable fin et chaud à enterrer les hommes et les bêtes, en ne faisant d’ailleurs aucune différence entre l’une et l’autre des deux espèces, ces hommes et ces bêtes qui ont simplement en commun d’avoir faim et d’avoir soif, soif de vie, d’une vie même sans bonheur, ces hommes, ces femmes et ces bêtes vivant toutes deux dans une nature totalement couverte de désert rampant, ce désert ne voulant plus laisser aucune autre place qu’aux rackets, aux balles et aux tirs croisés, à l’herbe des champs de chanvre d’inde, aux rapts en tous genres, à la razzia, tout cela, dans une atmosphère tenace guidée de fric et de froc, de pognon d’or et de diamant, le tout sous le couvert de règlements portant sur des comptes, des comptes sans décomptes, des comptes avec mécomptes, des comptes non contés et pour le compte de qui ou de quoi…
Sur la planète nord mali, il a été décidé que plus aucun crime ne sera commis ou perpétré sans commande ni commandite, plus aucun crime ne doit et ne devrait rester impuni.
Pour punir un crime sur la planète nord mali, trouver les criminels et connaître les motivations qui les animent, il sera demandé à toutes les autorités judiciaires de s’impliquer en premier, de se mobiliser de sorte que personne ne puisse leur faire le reproche de ne pas se mobilier, se mobiliser et avec force même sans vigueur.
Ces autorités judiciaires doivent se mobiliser non seulement, mais elles doivent mobiliser à leur tour de nombreuses autres personnes, qu’elles soient en armes ou en tenues, visibles ou non, qu’elles s’appellent procureurs du cercle, enquêteurs de la police et de la gendarmerie de l’arrondissement, suspects ou suspectés des montagnes, des collines et falaises, victimes du père ou de la mère, témoins du cousin et experts spécialistes venus des Iforas, du dedans comme du dehors de la planète nord mali.
Toutes ces personnes se mobilisent et se laissent mobiliser pour le seul intérêt général qui vaille au nord mali : la défense de la nation et de la collectivité, la recherche du crime et des criminels, la recherche de la vérité qui ne ment point et qui n’est ni discutée, ni disputée et qui ne disculpe point.
Ces personnes qui se mobilisent travaillent de jour comme de nuit, pistent les gens jusque dans leur dernier retranchement, scrutent les actes et les gestes, arrêtent et s’arrêtent elles mêmes, ne lâchent personne que le temps d’un instant pour se relâcher, le temps de couper et de recouper l’information, pour déduire ce qui est à réduire de la faute ramenée à sa dimension juste et acceptable, sans pour cela que l’on ne se réfère au juge, le seul être sur cette terre, pensant et qui pense qu’il agit au nom de l’être suprême, dieu le tout puissant, le juge, seul être susceptible d’entendre, de voir et de dire la vérité, même à sa manière et seule vaut en définitive cette vérité, la seule qui vaille pour la justice, la vérité judiciaire… presque divine et divinatoire…
Plus aucun rapace ne sera laissé en paix sur la planète nord mali.
Plus aucune personne ne dormira tranquillement sur cette planète nord mali tant qu’elle sera indexée par les bureaux de vérification générale, ces bureaux des procureurs devenus intrépides remparts et gardiens des fonds et tréfonds les plus profondément publics, qu’ils soient publics publics, publics privés, souvent privés-privés.
Nul ni rien ne doit venir sur cette planète, ni souiller, ni troubler, encore moins éclabousser la planète nord mali dans sa quiétude et dans sa bonhomie.
Gens du désert et de l’Adrar des Iforas, gens de la même couleur et du même teint, unissons nous pour prier la prière des morts qui ne sont pas morts, la prière des gens de valeur et d’honneur, la prière sans la voix du muezzin, la prière de l’imam qui donne de la voix, la seule qui porte, mais de derrière tout le monde !
Qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs, du dehors et non du dedans, aucune ressemblance, ni de taille, ni de couleur ne sauraient venir remettre en cause la droiture et la justesse de l’enquête en cours et qui se poursuit par des enquêteurs engagés et mobilisés, même pas par leur mal de dos, rien ne doit venir gêner la quiétude du juge juridique, du juge judiciaire, du juge constitutionnel s’occupant d’administration et de vie des gens, du juge-jugeant et jugé, tapi lui dans l’ombre et dans l’attente de l’alibi… le seul élément qui lui donne le secret final pour vider son délibéré combien de fois prorogé et rendre ainsi le jugement en sa seule âme et conscience, sans que du haut de la falaise du pouvoir, il ne reçoive ni ordre ni contre ordre…pour éviter le désordre et l’injustice à la justice, laissant place à la justice et non à la parodie !
L’algérois dit non, le maure dit jamais sinon à jamais et le rendez vous du donner est pour le recevoir, le retour ou les retours sont improbables ! Cinquante ans de vis, cinquante de présence, cinquante de proximité vont ils à vau-l’eau ?
C’est dans une telle ambiance que l’avocat que je suis est convié à s’avancer vers la barre, à se racler la gorge, à prendre la parole, à plaider pour la première fois de sa jeune et très jeune carrière, diverse sans doute et diversifiée déjà.
Dans mon rôle d’avocat réputé beau parleur en ce jour d’aube et non de nuit finissantes, se trouvant hors la salle d’audience spécialement dédiée à cette grande occasion de justice sans justesse, par-devant le tribunal du peuple, chargé aujourd’hui de juger les déviants et tous les autres trouble fêtes venus de la planète nord mali elle même troublée, tourmentée et à la limite du retournement…
L’interrogatoire à la barre commence par l’interrogatoire musclé, hors la barre de l’avocat que le tribunal lui même commence par suspecter de venir troubler la bonhomie d’une audience ouverte si tôt ce matin d’aube, alors même que tout semble se dessiner à l’avance entre comparses et compères d’un procès dont la seule évidence est son issue, connue et reconnue par tous les protagonistes.
Accusateurs, accusés et préposés de la justice sont dans un jeu de rôle parfait, drapé chacun dans sa tenue du jour, le “dress code” annoncé très à l’avance, comme pour fêter une fête qui n’en dit pas son nom mais que l’on fête si rarement et si promptement une seule fois par an, non, une fois par jour, non une fois tous les dix ans, non une fois les vingt, trente, quarante ans, depuis, cinquante ans d’indépendance se seront écoulés et qui ont ragaillardi les hommes pour rende les femmes plus dépendantes d’elles mêmes que même une relecture de code de la femme ne viendrait corriger…
Les muscles des hommes sont tendus et qui sont prêts à sortir et à définitivement occuper le macadam pour mener l’ultime combat d’un 26 mars renaissant. Pitié, puisse Dieu le juge et le juge dieu, nous sauver de cette attaque sordide, nous préserver de cette contradiction abjecte, puisse faire que la parole de l’imam soit dite une fois pour toute, sans même que le juge quel qu’il soit, le maire d’où qu’il vienne, le commandant de cercle de partout où il fait entendre son autorité ne passent sans qu’ils ne trépassent.
Ici dans cette audience, tout le monde connaît sa mission et son rôle. Tout le monde est prêt à jouer sa partition, pourvu qu’il ne touche point à l’autre d’à côté ou d’en face, jouant pourtant l’un en face de l’autre, le risque de se toucher est si grand qu’il y a moins de chance d’éviter la cacophonie de la discordance et du refus de se parler, d’échanger.
Le sort des uns est connu et même communiqué à l’avance aux ondes de l’ORTMatique qui a branché ces micros, les caméras n’étant pas acceptés dans la minuscule salle d’audience du tribunal du peuple, pour le peuple et contre la nation devenue aveugle et apatride, sans tête ni queue.
L’audience s’est ouverte dans ce contexte d’ambiance calme et feutrée.
L’avocat que je suis, prend alors la parole et se rend subitement compte qu’il est le seul acteur non enrôlé dans cette affaire pourtant inscrite depuis ce matin à l’aube au rôle des affaires non communiquées mais jamais publiées.
Monsieur le Président, mesdames et messieurs les magistrats composant le tribunal du peuple chargé de juger ceux venus de la planète nord mali et du fonctionnaires directeur…
Vous avez bien voulu accepter de juger des hommes venus d’ici et d’ailleurs au motif qu’ils ont troublés le calme et la sérénité d’une planète nord mali jadis désertique…assoiffée, asséchée, affamée, endeuillée et blessée…
Vous avez décidé de juger des crimes que vous avez délibérément disqualifiés en délits, en omettant de souligner leur flagrance et la violence des actes d’avant, ce qui n’enlève rien à la gravité des faits, que même l’air des personnes présentes devant vous traduit aisément, suspectées à tort sur certains points mais à raison hélas sur bien d’autres.
Je suis celui qui est chargé par le barreau de défendre l’honneur sans leur dignité, sans autant que les formes de la commission d’office aient été scrupuleusement observées par le barreau, mon barreau, sans que je n’ai même eu la chance de voir auparavant mes clients, sans que je ne les ai entendus encore moins les toucher, toutes choses nécessaires pour une défense que je sens d’entrée impossible.
Monsieur le Président, mesdames et messieurs les membres du tribunal du peuple, je voudrais pourtant vous rassurer que je serais le seul à parler en présence de mes clients qui m’entendent sans pour autant comprendre un mot de ma défense d’ailleurs impossible, est ce même leur souci ?
Mes clients qui me voient plaider n’ont aucun besoin de me connaître et ne savent pas ce que je fais là ni ce que je représente même vêtu dans ma robe d’avocat, curieusement plus noircie aujourd’hui que les autres jours de plaidoirie…ordinaire.
Monsieur le Président, mesdames et messieurs du tribunal du peuple, je vous prie de bien vouloir excuser à l’avance les errements que vous constaterez dans mes récits d’une affaire dont je n’entends parler que depuis l’aube ; n’entendez pas mes contradictions qui éclateront à la lecture du contenu du dossier que je vous ai remis, à votre demande avant cette audience et avant que je ne lise ma plaidoirie non rédigée ; ne retenez pas les nombreuses zones d’ombre entre ce que je vous dirais çà et là et ce que vous retiendrez de ce qui sera dit ici et là bas, puisque mes clients n’auront pas droit ou ne voudront pas forcément me porter la contradiction, pourtant flagrante aux yeux de tous.
Monsieur le Président, mesdames et messieurs les magistrats du tribunal du peuple, vous mettrez tout cela sous le coup du hasard, le hasard de l’avocat militant que je suis, prêt à défendre la doctrine diplomatique nationale, à quelque prix que ce soit, cette doctrine nationale, démocratique et sécuritaire qui prône le dialogue, la parlote et l’échange entre les composants de la planète nord mali.
Une diplomatie forte mais discrète, une diplomatie de murmures mais entre deux, jamais trois. Une diplomatie nationale de sécurité, donc sans aucun besoin de diplomates de service.
Monsieur le Président, mesdames et messieurs les magistrats, cette audience, bien que non publique reste tout de même teintée de solennité.
Vous n’aurez point de témoignage dans votre dossier alors que des personnes sont pourtant indiquées à ce titre et en cette qualité dans votre dossier, nulle part dans votre dossier, vous ne trouverez de plaintes, même pas de complaintes et d’actes d’accusations de qui que ce soit dans votre dossier.
Jamais vous ne lirez un propos d’une victime ou d’un simple témoin ou d’un enquêteur gendarme rapportant des faits ou rendant compte des évènements auxquels il aurait assistés.
Monsieur le Président, vous entendrez tout à l’heure le réquisitoire de Monsieur le Procureur de la république de Andéraboukan qui vous demandera à l’occasion, la permission de garder la position assisse, inhabituelle, le dos cassé par ma faim, la soif et le visage vieilli par l’ardeur du soleil, pensant vous le demandant, mieux dominer la honte qui le couvre depuis l’enrôlement de cette affaire dite de la planète nord mali et, comme pour se sentir mieux à même de représenter l’intérêt général, l’intérêt de la collectivité qui le commet et au nom de laquelle il dit s’exprimer en une langue presque aussi inaudible que ma plaidoirie.
Au sujet de mes clients, ma demande est celle-ci : la relaxe et la reconduite à la frontière nord mali, sans pouvoir dépasser les bornes de cette frontière et pour le fonctionnaire directeur, pensez à le laisser en rade, à la sortie du tribunal, il saura se diriger vers les siens même dispersés dans la nature.
Monsieur le Président, mesdames et messieurs les magistrats du tribunal du peuple, profitez en pour faire en sorte que plus personne ne reste en prison, y compris le fonctionnaire directeur de la banque alimentaire, pour lequel la justice a manqué de justesse en s’y prenant par deux fois pour juger et par deux fois, pour condamner au nom de la justice mais le plus injustement du monde.
Je me doute bien M. le Président que vous ne pourrez que me suivre dans mes demandes exorbitantes, en l’absence de contradicteur pertinent, mais je sais également que vous ne pourrez pas même si vous le vouliez, aller au delà de vos pouvoirs, des instructions accompagnées de pression de sanction, éconduire mes clients au delà de la frontière nord mali, en libérant le fonctionnaire directeur sans peine ni dépens.
En agissant ainsi M le Président, vous donnerez toutes les chances du monde aux troubles fêtes du nord mali et au fonctionnaire directeur, de revenir vous voir un jour plus saint, un jour moins sombre où il fera plus jour qu’aujourd’hui, ou il y aura plus de monde qu’il n’y a dans le peuple au nord mali, comme pour vous dire que la planète nord mali est guérie des médicaments que vous la justice, vous les magistrats de ce tribunal leur aurez administrés.
Et ce sera justice Monsieur le Président !
Et j’aurais plaidé Monsieur le Président, plaidé une cause et pour une défense que je sentais pourtant impossible !
Et c’est bien ce que je suis venu vous dire ce matin, à l’aube déjà, à mon nom propre, au nom de mes Clients et pour que le fonctionnaire directeur entende ce que je dis et suis capable de dire dans son dos et la planète nord mali, ce que je dis pour elle et à sa face même cachée…
Mamadou Ismaila KONATE
Avocat à la Cour